samedi 7 mai 2016

Le goût des pépins de pomme - Katharina Hagena

GENRE : Roman
ANNÉE : 2010
PAYS : Allemagne
NOMBRE DE PAGES : 267

Résumé :   

À la mort de Bertha, ses trois filles, Inga, Harriet et Christa, et sa petite-fille, Iris, la narratrice, se retrouvent dans leur maison de famille, à Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne, pour la lecture du testament. A sa grande surprise, Iris hérite de la maison et doit décider en quelques jours de ce qu’elle va en faire. Bibliothécaire à Fribourg, elle n’envisage pas, dans un premier temps, de la conserver. Mais, à mesure qu’elle redécouvre chaque pièce, chaque parcelle du merveilleux jardin qui l’entoure, ses souvenirs se réveillent, reconstituant l’histoire émouvante, parfois rocambolesque, mais essentiellement tragique, de trois générations de femmes.

Mon avis :
Le résumé est très alléchant, les premières pages aussi. Puis ça retombe comme un soufflé...
Le sujet des souvenirs, beau sujet s'il en est, est traité de manière ennuyeuse. N'y allons pas par quatre chemins, ce livre est d'un ennui profond. Repris pour ma part à deux reprises, j'ai eu énormément de mal à en venir à bout, un peu comme un supplice, un doux supplice certes mais un supplice quand même... Pourtant ce roman avait vraiment tout pour me plaire : le thème des souvenirs et de l'Alzheimer sont des sujets qui me parlent et que j'aime retrouver dans les livres que je lis. Mais rien à faire, la sauce ne prend pas. On s'ennuie autant que la narratrice dans ce roman qui ne décolle pas.
Les seuls moments intéressants sont ceux de l'histoire d'amour naissante entre Iris et son avoué Max ainsi que quelques anecdotes d'enfance de la narratrice. Le reste est vide et dénué d'intérêt. Pour exemple, on nous parle tout le long du roman du décès à 16 ans de la cousine d'Iris dont on n'apprend la cause que dans les dernières pages. A son image, la plupart des intrigues sont inachevées.

Dommage, ce livre avait tout pour me plaire sur le papier. Décevant. Extrêmement décevant.



Lettre "H" - le 07/05/2016

 

Monsieur Ki - Koffi Kwahulé

Monsieur_Ki_de_Koffi_KwahuleGENRE : Roman
ANNÉE : 2010

PAYS : Côte-d'Ivoire
NOMBRE DE PAGES : 160

Résumé :   

« Toujours est-il que je ne me sens à l'aise qu'avec les Blancs racistes ; avec eux je suis confiant, je sais à quoi m'en tenir, je sais où je mets les pieds. Tout de suite je me dis : « Voilà un Blanc. » En revanche, je me méfie de ceux qui ont un ami sénégalais ou camerounais, les Monsieur-moi-je-connais-bienles-Noirs, les Monsieur-moi-j'ai-passé-vingt-ans-en-Afrique, qui n'écoutent que Miles Davis ou Tiken Jah Fakoly, qui ne jurent que par la spontanéité et l'élégance naturelle des nègres ; ceux-là je m'en méfie. Ils me foutent mal à l'aise. Je ne mets pas en doute leur sincérité, mais ils me foutent mal à l'aise, c'est tout. « Voici un roman fou qui révèle, plus que les sages, notre monde, au premier, au deuxième, au trentième degré !... ». »
Cent histoires s'enchâssent, mille facettes composent ce roman-mosaïque qui se passe surtout entre Paris et un village africain où règne une désopilante folie. Roman-rhapsodie, Monsieur Ki chante et nous enchante pour caresser à rebrousse-poil notre temps.

Mon avis :  
Un petit roman sans prétention d'un de mes auteurs de théâtre contemporain préférés. J'ai passé un bon moment mais sans plus. Le livre questionne pas mal d'événements récents par ce qu'il nous raconte de l'état « d'étranger », ce que l'on ressent en étant étranger, le manque du pays, l'envie d'y revenir tout en ressentant un véritable attachement au pays « d'accueil » de par ce qu'il nous offre, les rencontres qu'on y a fait, les rapports que l'on y a tissé.
Le style est toujours aussi soigné comme toujours chez Koffi Kwahulé. Des propos qui parfois étonnent mais font sourire. Ou comment questionner les questions d'actualité, pas toujours faciles à aborder et à développer, de manière humoristique.
A mon sens, il s'agit d'un petit roman sympathique à lire si le thème vous intéresse mais beaucoup y verront sans doute un roman sans grand intérêt, qui tourne en rond... Je dirai pour ma part, comme plus haut, un roman « sans prétention » A chacun de se faire son opinion, mais si vous avez un moment, se confronter à cette parole est à mon sens très intéressant.


Lettre "K" - le 07/05/2016

La Horde du Contrevent - Alain Damasio

GENRE : Fantasy
ANNÉE : 2007
PAYS : France
NOMBRE DE PAGES : 702

Résumé :   

Ils sont vingt-trois, forment la trente-quatrième Horde du Contrevent et ont entre vingt-sept et quarante-trois ans. Dans un monde balayé par les vents, ils ont été formés depuis l'enfance dans un seul but : parcourir le monde, d'ouest en est, de l'Aval vers l'Amont, à contre-courant face au vent, à travers la plaine, l'eau et les pics glacés, pour atteindre le mythique Extrême-Amont, la source de tous les vents. Tous différents mais tous unis, ils forment une horde autonome et solidaire, qui avance dans un seul objectif, luttant constamment contre le vent. Profitant du savoir et de l'expérience de huit siècles d'échecs, on la dit la meilleure et l'ultime Horde, celle qui atteindra enfin l’Extrême-Amont.

Mon avis :
J'avais longtemps entendu parler de ce roman en des termes élogieux mais le fantasy n'étant pas trop mon dada, j'ai toujours reculé. Puis j'ai sauté. Sauté dans le grand sens du terme. J'ai plongé dans ce roman la tête la première. Le meilleur terme je pense serais : je l'ai dévoré. Moi qui ne lit jamais très vite, j'ai pris un plaisir incroyable à lire ce livre. 
L'auteur a su créer un monde et des personnages qui nous rendent accros. J'attendais chaque jour avec impatience le moment où j'allais me replonger dans les aventures de la horde, avançant avec eux, souffrant avec eux, pleurant leurs pertes, leurs morts... On vit au rythme de leurs aventures comme s'ils faisaient partie de notre famille. Peu de romans ont cette force-là et encore moins les romans de fantasy, si éloignés de notre quotidien.
Et pourtant celui-ci y parvient parfaitement. L'idée de départ, déjà, ce questionnement originel : « D'où vient le vent ? », si proche de nos questionnements d'enfant, ne peut que nous happer. Et cette magistrale idée de faire parler l'ensemble des personnages de la horde, de faire circuler la narration. On aurait pu s'attendre à quelques lourdeurs avec ce système mais pas du tout, bien au contraire, on vit les sensations, les émotions de chaque personnage au sein de la horde et c'est extrêmement plaisant, extrêmement vivant. L'idée somptueuse de rajouter un marque-page avec les symboles ajoute au génie : nul besoin de revenir sans cesse au début du roman pour savoir qui parle. Le seul bémol de ce système pour moi c'est que la parole circule généralement entre les quatre ou cinq protagonistes principaux. Certains personnages ne parlent pas souvent, voire même pas du tout et c'est bien dommage...
Ma seule déception aura été la fin du roman, attendue des centaines de pages en amont. Dommage pour l'auteur d'avoir grillé certaines de ses belles cartouches.

Un livre à dévorer, qui questionne étrangement notre quotidien, notre vie de tous les jours. Pour un roman de fantasy, c'est un exploit ! Courez-y, même si vous n'êtes pas adeptes du genre. Faites attention cependant, ce livre pourrait bien vous rendre accro au genre :)


Lettre "D" - le 07/05/2016


samedi 5 mars 2016

Trois chevaux - Erri de Luca

GENRE : Roman
ANNÉE : 2000
PAYS : Italie
NOMBRE DE PAGES : 139

Résumé :   

Le narrateur, un Italien émigré en Argentine par amour, rentre au pays. En Argentine, sa femme a payé de sa vie leur combat contre la dictature militaire. Lui, le rescapé, a appris que la vie d'un homme durait autant que celle de trois chevaux. Il a déjà enterré le premier, en quittant l'Argentine. Il travaille comme jardinier et mène une vie solitaire lorsqu'il rencontre Làila dont il tombe amoureux. Il prend alors conscience que sa deuxième vie touche aussi à sa fin, et que le temps des adieux est révolu pour lui.

Mon avis :
Difficile de parler de ce livre. Je n'ai pas écrit ma critique tout de suite car j'avais besoin de temps pour y réfléchir, savoir ce que je pouvais en dire, ce que j'avais pu ressentir à la lecture. Et ce ressenti est relativement multiple.

J'ai été tout d'abord dérouté, pour ne pas dire désarçonné, par l'écriture d'Erri de Luca. En tant qu'amateur de poésie, je ne peux qu'applaudir à ce phrasé et à ces rythmes, subtils et doux, sublimes et puissants. Seulement, cette écriture particulière, bien que plaisante prise à part, dans un poème par exemple, a représenté pour moi un véritable calvaire à la lecture pour un roman de ce genre, me forçant à relire certains passages à plusieurs reprises pour en comprendre le sens profond, qui n'est d'ailleurs parfois jamais venu. Je me suis parfois fait la réflexion que l'auteur écrivait pour lui-même, sur la base de concepts très personnels et parfois difficiles d'accès, à moins d'avoir la clé de son esprit, et donc sans doute, de son écriture.

Malgré cela, j'ai été très touché par les thèmes abordés. Les magnifiques moments de poésie quand le narrateur s'occupe de son jardin et partage des moments avec les personnages qui le peuplent, avec les arbres qui l'habitent, avec les plantes qui le recouvrent. Des moments intenses et sublimes. Touché également par cette fin, cette prise de conscience de la fin de sa vie, la beauté de son amour intense qui ne sera, malheureusement, jamais porté à son terme...

Pour conclure, je dirai que j'ai trouvé ce livre assez difficile d'accès mais qu'il mérite malgré tout le détour, pour ces sublimes moments où l'écriture d'Erri de Luca, par sa beauté, côtoie la grâce de près. C'est pour celle seule raison que j'aurai le plaisir de relire prochainement un livre de cet auteur.


Lettre "L"- le 05/03/2016

 

dimanche 17 janvier 2016

Jézabel - Irène Némirovsky

GENRE : Roman
ANNÉE : 1936
PAYS : Ukraine
NOMBRE DE PAGES : 266

Résumé :   

Dans la salle d'un tribunal, se tient le procès d'une femme. Elle n'est plus très jeune, mais elle a été très belle. Les témoins défilent à la barre, l'avocat et le procureur s'affrontent. Assise dans le box des accusés, elle subit par bribes le récit de sa propre vie : l'enfance, l'exil, l'absence de père, le mariage, les relations houleuses avec sa fille, l'âge, le déclin, jusqu'à l'acte irréparable. Les jurés et le public grondent, s'enflamment. Mais le vrai coupable est-il l'accusée, ou le temps, qui détruit les illusions ?

Mon avis :
On entre directement dans le vif du sujet dès le départ, plongés au cœur du procès de cette soixantenaire de la haute société. J'ai relativement bien apprécié cette première partie, qui sert malheureusement seulement de prélude. Seuls quelques petits éléments de langage m'ont dérangé, le juge s'adressant à tous les témoins en les appelant "Témoin" et à l'accusée en l'appelant "Accusée"... Mais ce ne sont que des détails. On entre facilement dans ce récit qui se laisse lire avec plaisir, page après page.

Puis, soudain, après soixante pages, on ne comprend pas trop ce qu'il nous arrive. Nous sommes plongés dans le passé, plus de quarante ans auparavant, et voilà que l'auteur nous propose de revivre la vie de cette femme pour comprendre comment Gladys Eysenach, jeune fille née dans la misère et qui s'est retrouvée propulsée dans son adolescence au sein même de la haute bourgeoisie, dont elle ne connaît tout d'abord pas les codes, a pu en arriver à tuer un jeune homme de vingt ans... Alors que je m'attendais à poursuivre sur cette belle lancée, je trouve que le roman prend à cet instant une tournure facile et dérangeante, et tombe facilement dans un creux d'ennui assez puissant. J'hésite à arrêter ma lecture à plusieurs reprises mais je tiens bon.

Je suis d'autant plus frustré que le sujet principal du roman, cette recherche incessante de la perfection, de la beauté, cette course effrénée contre le temps qui ravage les traits, me semble d'un intérêt certain, et d'une criante actualité. Mais il est traité de manière beaucoup trop caricaturale, le personnage principal n'ayant que cette idée en tête à chaque détour de page, n'hésitant pas à sacrifier le bonheur de sa fille pour conserver sa beauté...

Dans un troisième temps, le livre reprend un bon rythme, assez plaisant. Je me remets à lire avec envie. Mais c'était sans compter sur une fin que l'on voit arriver 50 pages avant. J'espère me tromper, ou découvrir à la fin une surprise, un retournement de situation inattendu mais non... Rien de plus que ce que je m'étais imaginé. Décevant... On ne reviendra même pas au procès du départ et à ses suites...

Pour conclure, un livre avec des moments plaisants, d'autres moins. Un résultat au final assez décevant pour l'auteur de Suite française, dont j'attendais beaucoup mieux. Une écriture parfois soutenue qui demande un véritable effort de concentration. Certains aimeront sans doute. A lire si ma critique ne vous a pas effrayé ;)



Lettre "N" - le 17/01/2016

 

samedi 9 janvier 2016

Le passe-muraille - Marcel Aymé

GENRE : Recueil de nouvelles
ANNÉE : 1943
PAYS : France
NOMBRE DE PAGES : 222

Résumé :   

* Le Passe-muraille met en scène « un excellent homme nommé Dutilleul qui possédait le don singulier de passer à travers les murs sans en être incommodé. Il portait un binocle, une petite barbiche noire, et il était employé de troisième classe au ministère de l'Enregistrement. » Type même du petit bonhomme falot, gris invisible, Monsieur Dutilleul va connaître des aventures parfaitement ahurissantes grâce à son don incroyable...  
* Les Sabines : Une femme, ayant le don d'ubiquité, se multiplie autant de fois qu'elle le souhaite et vit, grâce à ce don, tout un tas d'aventures à travers le monde...
* La Carte : La nouvelle est écrite sous la forme d'un journal intime, celui d'un écrivain qui découvre avec stupeur que désormais, d'après un décret du gouvernement, le temps de vie sera rationné pour économiser les vivres. Chaque catégorie de population se voit allouer un certain nombre de jours par mois selon son degré d'utilité ; les citoyens jugés indignes de vivre normalement reçoivent une carte munie de coupons, un par jour de vie. Les vieillards ne disposent que d'une semaine, les artistes de deux, au grand scandale de l'écrivain. Très vite, un trafic de tickets se met en place qui pourrait bien modifier le temps...
* Le Décret : « Grâce à Dieu, lorsque, par la vertu d'un décret, le monde eut vieilli tout à coup de dix-sept années, il se trouva que la guerre était finie ».
* Le Proverbe : Lucien Jacotin, un élève de 13 ans, est classé depuis toujours parmi les cancres de sa classe. Un soir, pendant le dîner, il se souvient qu'il a oublié de faire son devoir de français. Son père, furieux, décide de faire le devoir à la place de son fils...
* Légende poldève : Dans la ville de Cstwertskt, la demoiselle Marichella Borboïé, une bigote scrupuleuse, élève avec générosité son neveu Bobislas, un bon à rien qui va se révéler voleur, ivrogne et de mauvaise compagnie. Mais il se trouve que le pays Poldève est en perpétuelle bisbille avec le pays Molleton. La guerre éclatant entre les deux pays, l'abominable Bobislas est recruté parmi les soldats au grand soulagement des gens du village et de sa tante qui s'en croit débarrassée. Mais c'était sans compter sur l'intervention de la grande faucheuse...
* Le Percepteur d'épouses : « Il y avait dans la petite ville de Nangicourt, un percepteur nommé Gauthier-Lenoir, qui avait du mal à payer ses impôts. Sa femme dépensait beaucoup d'argent. » Après la fuite de Mme Gauthier-Lenoir avec un lieutenant des équipages, le mari s'imagine que sa femme a été saisie par le fisc... * Les Bottes de sept lieues : À Montmartre, une bande de six écoliers se retrouve devant la vitrine d'un bric à brac où sont exposées des bottes avec une petite pancarte : Bottes de sept lieues...
* L'huissier : Malicorne, un huissier de justice, membre du Ministère, n'est pas un homme excellent, mais il n'est pas pour autant mauvais. Il meurt pendant son sommeil. Arrivé au ciel, il est jugé, et on décide qu'on ne peut pas le laisser aller ni au paradis, ni en enfer. On l'envoie donc sur Terre de nouveau, pour qu'il fasse une bonne action qui lui permettra de se rattraper et d'aller au paradis. Malicorne parviendra-t-il à se faire ouvrir les portes du Paradis ?
* En attendant : « Pendant la guerre 1939-1972, il y avait à Montmartre, à la porte d'une épicerie de la rue Caulaincourt, une queue de quatorze personnes ». Pour passer le temps, elles évoquent leur vie difficile pendant la guerre.

Mon avis :
Des nouvelles assez inégales mais toutes empruntes d'un fantastique proche de la réalité.
Aymé fait planer sur l'ensemble de ces nouvelles le spectre de la guerre qui nous donne cette double vision : un monde fantastique au sein de notre propre monde, ce qui nous amène plus facilement à nous poser des questions sur ce fantastique, pas si fantastique que ça... On se délecte de mots inusités aujourd'hui et qui font sourire. On apprécie l'imaginaire foisonnant de l'auteur.

J'ai beaucoup apprécié certaines nouvelles comme Les Sabines, La Carte ou Le Décret qui décrivent des situations farfelues mais qui questionnent justement des éventualités en poussant le vice jusqu'à l'extrême. Comment cela se passerait-il si un être humain était doté du don d'ubiquité et se mariait plusieurs milliers de fois, partout à travers le monde ?
Que se passerait-il si le gouvernement décidait que certaines personnes ne méritent pas de vivre trente jours par mois ? Un trafic de tickets s'organiserait sans doute pour vivre plus longtemps...
Que se passerait-il si un décret entérinait un bon dans le temps de 17 ans ?

Suite aux quatre premières nouvelles, j'ai été relativement déçu par les suivantes, bien en dessous à mon goût. Seule la dernière, En attendant, a trouvé un véritable intérêt à mes yeux, racontant la vie parisienne en 1943, au plein cœur de la guerre.



Lettre "A" - le 09/01/2016



samedi 2 janvier 2016

Où on va, papa ? - Jean-Louis Fournier

GENRE : Récit biographique
ANNÉE : 2008
PAYS : France
NOMBRE DE PAGES : 155

Résumé :   

« Cher Mathieu, cher Thomas,
Quand vous étiez petits, j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l'ai jamais fait. Ce n'était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu'à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures...
»
Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi? J'avais honte? Peur qu'on me plaigne?
Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible:
« Qu'est-ce qu'ils font? » 
Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.
Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d'une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m'ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.
Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait: rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.


Mon avis :  
Difficile... Très difficile de commenter ce récit. Je suis extrêmement partagé.
Comme on peut le deviner dans le résumé, le ton est extrêmement corrosif là où l'on s'attendrait à un ton plus compatissant. Les termes sont durs, violents. Le sujet est souvent traité avec humour, un humour noir poussé parfois à son paroxysme. J'ai été quelque peu désorienté, en particulier au début. J'en suis venu à me demander si cette autobiographie ne tient pas plutôt du roman, si l'auteur n'a pas poussé le vice de son récit quelque peu trop loin...

Page 47, Jean-Louis Fournier nous donne l'indice qu'il nous manquait : « Tu n'as pas honte, Jean-Louis, toi, leur père, de te moquer de deux petits mioches qui ne peuvent même pas se défendre ? Non. Ça n'empêche pas les sentiments. »
Plus on poursuit la lecture, plus on déchiffre l'émotion derrière la colère, derrière l'humour, et plus le propos se fait clair. Je lis un récit emprunt de vérité, ne revêtant aucun fard, aucune cachotterie. Tout est dit. La vie d'un père d'enfants handicapés avec tout ce que cela comporte. Avec les questions qu'on se pose sans cesse, avec les émotions qu'on ne laisse pas sortir, avec les idées malsaines qui passent par la tête...

Un livre avec beaucoup de redites, de répétitions, de passages d'une idée à une autre, du coq à l'âne, comme si parfois, l'auteur tournait en rond. Un critère de plus pour valider la véracité des propos. Pour valider, surtout, la posée des tripes d'un père sur sa table d'écriture.

Un livre à lire, bien sûr. Et à compléter par les informations et les photos de la maman sur son site : http://mamanmathieuetthomas.monsite-orange.fr. Une pensée pour Mathieu et Thomas, deux petites flammes.

Extrait :
« [...] On aurait bien voulu le défendre [Mathieu] contre le sort qui s'était acharné sur lui. Le plus terrible, c'est qu'on ne pouvait rien. On ne pouvait même pas le consoler, lui dire qu'on l'aimait comme il était, on nous avait dit qu'il était sourd.
Quand je pense que je suis l'auteur de ses jours, des jours terribles qu'il a passés sur Terre, que c'est moi qui l'ai fait venir, j'ai envie de lui demander pardon. » (p.18-19)



Lettre "F" - le 02/01/2016


jeudi 31 décembre 2015

Nouvelle tentative pour le Challenge ABC !

Bonsoir à tous,

Après un an et demi d'absence où les moments de lecture pure se sont à nouveau fait plus rares et après avoir abandonné ma deuxième tentative de Challenge ABC en 2014,  je suis enfin de retour et m'attelle cette année à nouveau au Challenge ABC proposé par Nanet sur Livraddict.



Parmi les 5 options, j'ai choisi l'option C - Challenge complet.
En résumé : liste de départ, 3 tricheries/changements possibles, pas de manga ni bd ni films, multi catégorie, 5000 pages minimum.

Voici maintenant la liste que je me suis concocté :

Aymé Marcel, Le passe-muraille, 222 p., nouvelles, France, 1941 - lu le 09/01
Begag Azouz, Le copiste de Beaumarchais, 44 p., nouvelle, France, 2010
Claudel Philippe, Les âmes grises, 285 p., roman contemporain, France, 2003
Damasio Alain, La Horde du contrevent, 702 p., fantasy, France, 2004 - lu le 05/03
Equiano Olaudah, Ma véridique histoire, 384 p., autobiographie, Nigeria, 1789
Fournier Jean-Louis, Où on va, papa ?, 155 p., récit biographique, France, 2008 - lu le 02/01
Garcia Marquez Gabriel, Cent ans de solitude, 480 p., roman contemporain, Colombie, 1967
Hagena Katharina, Le goût des pépins de pomme, 267 p., roman contemporain, Allemagne, 2010 - lu le 12/04
Ionesco Eugène, Rhinocéros, 246 p., théâtre, Roumanie, 1959
Jourde Pierre, Pays perdu, 166 p., roman contemporain, France, 2003 - lu le 08/05
Kwahulé Koffi, Monsieur Ki, 160 p., roman contemporain, Côte d'Ivoire, 2010 - lu le 19/03
Luca (de) Erri, Trois chevaux, 139 p., roman contemporain, Italie, 2000 - lu le 19/01
McCarthy Cormac, La route, 256 p., roman contemporain, États-Unis, 2006
Némirovsky Irène, Jézabel, 266 p., roman contemporain, Russie, 1936 - lu le 14/01
Ólafsdóttir Auður Ava, Rosa Candida, 263 p., roman contemporain, Islande, 2007
Pritam Amrita, Pinjar le squelette, 170 p., roman contemporain, Inde, 2002
Quiriny Bernard, L'angoisse de la première phrase, 205 p., nouvelles, Belgique, 2005
Romains Jules, Knock ou le triomphe de la médecine, 152 p., théâtre, France, 1924 - lu le 30/05
Sten Viveca, La Reine de la Baltique, 400 p., thriller, Suède, 2008 - lu le 18/05
Tolstoï Léon, La mort d'Ivan Ilitch, 93 p., roman classique, Russie, 1886
Upfield Arthur, Les Sables de Windee, 381 p., thriller, Angleterre / Australie, 1931
Victor Marvin, Corps mêlés, 256 p., roman contemporain, Haïti, 2011
Wilde Oscar, Le portrait de Dorian Gray, 253 p., roman classique, Irlande, 1891
Xiaolong Qiu, Mort d'une héroïne rouge, 502 p., thriller, Chine, 2001
Yates Richard, La fenêtre panoramique, 529 p., roman contemporain, États-Unis, 1961
Zweig Stefan, Le joueur d'échecs, 125 p., nouvelle, Autriche, 1943 - lu le 25/05

Pour un total de 7099 pages, et à nouveau une liste très hétéroclite avec des livres de ma PàL, d'autres que je rêve de lire et de voir rejoindre ma bibliothèque, d'autres pour lesquels je laisse la curiosité opérer à ma place...
Je compte bien ENFIN cette année finir ce challenge, me remettre à lire vivement et avancer tout en prenant le temps de profiter de chaque lecture. De belles découvertes en perspective, je l'espère !!

A très bientôt pour les billets de ce nouveau challenge !!

mercredi 30 avril 2014

Thérapie - Sebastian Fitzek

GENRE : Roman policier
ANNÉE : 2006

PAYS : Allemagne
NOMBRE DE PAGES : 312

Résumé :   

Josy, douze ans, la fille du célèbre psychiatre berlinois Viktor Larenz, est atteinte d'une maladie qu'aucun médecin ne parvient à diagnostiquer. Un jour, après que son père l'a accompagnée chez l'un de ses confrères, elle disparaît.
Quatre ans ont passé.
Larenz est toujours sans nouvelles de sa fille quand une inconnue frappe à sa porte. Anna Spiegel, romancière, prétend souffrir d'une forme rare de schizophrénie : les personnages de ses récits prennent vie sous ses yeux. Or, le dernier roman d'Anna a pour héroïne une fillette qui souffre d'un mal étrange et qui s'évanouit sans laisser de traces... Le psychiatre n'a dès lors plus qu'un seul but, obsessionnel : connaître la suite de son histoire.

Mon avis :  
De prime abord, ce roman avait tout pour me plaire dont un bon goût de thriller actuel et de huis-clos étonnant. Alors certes tous les ingrédients sont là : le huis-clos est passionnant, l'intrigue est excellente, les idées sont globalement très bonnes. Tout est fait pour nous tenir en haleine. On suit alors le fil de cette histoire avec plaisir, sans se rendre compte du temps qui passe, on avale les pages très vite, ce qui est plutôt bon signe, et on a hâte de connaître la fin malgré quelques passages où on se perd un peu trop dans la psychologie des personnages et les cas cliniques qu'ils représentent.

Le gros du problème réside justement dans la fin qui n'est à mon sens pas à la hauteur de ce à quoi l'on s'attend. La fin est à mon sens trop compliquée et au final très décevante, comme dans les thrillers que l'on peut voir aujourd'hui au cinéma où l'action est tellement mystérieuse et tellement incroyable qu'on s'attend à quelque chose qui ne vient pas et la fin est généralement une espèce de patchwork qui n'a pas du tout le goût attendu. Je suis assez déçu qu'aujourd'hui l'écriture policière ait à ce point changée qu'on ne trouve plus que quelques auteurs à pouvoir réellement rivaliser avec les grands noms du genre qu'étaient Agatha Christie et Georges Simenon entre autres, et comme le sont aujourd'hui des écrivains comme Arnaldur Indridason.


Pour moi une petite déconvenue, malgré tout bien sympathique. À découvrir pour les amateurs du genre.


Lettre "F" - le 30/04/2014


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jeudi 27 février 2014

La femme sous l'horizon - Yann Queffélec

GENRE : Roman
ANNÉE :1988

PAYS : France
NOMBRE DE PAGES : 246

Résumé :   

Au cœur froid de la Lorraine, dans un manoir russe, vit un étrange clan: les Tarassévitch.
La petite Ilinka, privée de sa mère, qui est morte dans un accident, ne connaît là que silence et indifférence.
Pourquoi tant de mystères autour de sa naissance ? Au village on sait. Mais on se tait. On a juré.
Jusqu'au jour où Ilinka reçoit un signe du destin une lettre de sa mère, des mots vieux de treize ans. Un avertissement, une prémonition. Elle doit fuir à tout prix le manoir et sa malédiction…


Mon avis :  

Du Queffélec pur jus. De l'abandon, de la solitude, de la souffrance, de la violence, de la difficulté à se construire, de l'inceste.

Mais tout ce cocktail, qui fonctionnait merveilleusement dans Les Noces barbares, ici ne prend pas. En cause sans doute en premier lieu la situation de l'histoire, les lieux décrits et les personnages caricaturaux au possible : la grand-mère sanguinaire, méchante, sorcière parmi les sorcières, le père devenu alcoolique par tristesse, noyant son chagrin, dur, violent parmi les violents, la sœur aînée, laide, parfois réconfortante, difficile à vivre, peste parmi les pestes, l'oncle rédempteur, le sauveur... Tout ce petit monde est d'entrée de jeu présenté sous ces aspects, vivant dans un manoir infâme aux abords d'une forêt d'Alsace si bien que, faute extrême de l'auteur à mon sens, on semble se retrouver plongé dans un roman fantastique digne de Dracula ou de Frankenstein.

Or, le propos est bien différent de celui-ci, les bases d'écriture ne me semblent pas être les bonnes, on touche à une réelle situation familiale dramatique, difficile et ce lien étrange entre réalité et fantastique surprend, déroute. Je n'ai pas réussi personnellement à sortir de cette première vision, cette première image mentale avec un personnage principal en comte Dracula, et la lecture a coulé de telle sorte que les événements dramatiques de l'histoire ne m'ont même pas touché, je suis resté complètement extérieur à l'histoire tragique familiale, comme dans tout roman fantastique où le décor prime sur les sentiments.

Ceci s'explique sans doute parce que cette description initiale, ce côté fantastique, ce manoir semblant tout droit issu des tréfonds de la campagne slave, m'a beaucoup plu. J'ai aimé l'univers dans lequel l'auteur m'a plongé dès la première page et la déception en a été d'autant plus grande quand j'ai réalisé et compris la férocité et la violence du fond. L'univers est là, vraiment plaisant, dans lequel je navigue avec plaisir, mais le reste n'y est pas. Le secret de famille n'en est un que pour la pauvre Ilinka, la fin est clairement attendue, sans surprise...

Bref, le décor y est, le texte et l'écriture sont là, il manque juste de "vrais" personnages moins caricaturaux pour peupler cette histoire et une logique globale d'écriture (sommes-nous dans un roman fantastique ou réaliste ?), un peu de suspense aussi.

J'ai donc aimé, n'ai jamais souhaité à aucun moment arrêter le livre en cours de route, mais je ne le relirai pas, contrairement aux Noces barbares, bien plus abouti à mon sens.


Lettre "Q" - le 27/02/2014

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mercredi 12 février 2014

Douze Hommes en colère - Reginald Rose

GENRE : Théâtre
ANNÉE :1953

PAYS : États-Unis
NOMBRE DE PAGES :100


Résumé :   

Douze jurés se réunissent pour débattre à l'issue d'un procès dont l'accusé est un adolescent de seize ans inculpé pour parricide. Les preuves manquent et il clame son innocence. Mais les témoignages sont graves, précis et concordants. S'il est reconnu coupable, le jeune homme sera condamné à mort. Onze jurés sur douze votent "coupable". Un seul s'oppose à ce verdict, explique son veto, analyse les témoignages et décortique les contradictions. Peu à peu le doute gagne les esprits et abolit les certitudes...

Mon avis :  
Une sublime leçon de démocratie et de vie, tout simplement. Ou comment un homme, incertain de la culpabilité d'un accusé, vote "non coupable", car, comme nous le savons tous, le doute doit profiter à l'accusé. L'une des règles d'un tribunal parmi les plus bafouées aujourd'hui, les jurés préférant souvent, dans le doute, donner une peine moins lourde que celle demandée, que de simplement voter "non coupable", ce qu'ils devraient pourtant faire ! Certes, pour avoir assister à un procès, je peux vous dire que rien ne les y encourage, le magistrat se bornant seulement à le mentionner une fois vaguement à l'appel des jurés, et n'hésitant parfois pas lui-même à passer outre certaines des règles du tribunal dont une autre primordiale à mes yeux, la présomption d'innocence. Cela n'est sans doute pas vrai pour tous les tribunaux, mais je ne fais que revenir sur ma propre expérience... Et je m'égare.

Pour revenir au livre, pour toutes ces raisons, il est pour moi une oeuvre à mettre entre les mains de tout citoyen. 100 pages, lues en une heure à peine, ça ne me paraît pas insurmontable. C'est véritablement une belle leçon et un beau rappel pour tout citoyen de ce monde. Le témoignage ne vaut pas preuve. Dix témoignages concordants ne valent pas preuve. Il est extrêmement amusant de voir comment ce juré, au départ seul contre tous, arrive à démonter peu à peu chaque argument de l'accusation dans un procès où, disons-le tout net, la plupart d'entre nous aurait envoyé l'homme à la guillotine. On s'aperçoit très rapidement que des failles existent bel et bien, que la vérité n'est pas forcément celle qui a été livrée. De quoi vraiment faire réfléchir. Sans vouloir trahir de secret, 11 hommes vont tout de même changer d'avis suite à ces arguments déroutants et je pense que beaucoup l'auraient fait. A méditer...

La lecture qui pourrait faire peur de prime abord, avec ces 12 personnages, chacun d'un âge et d'une profession différente, avec un caractère différent, n'est finalement qu'une partie de plaisir. Chaque personnage est clairement défini dans le livre, chacun a sa personnalité, sa façon d'être, du président du jury au footballeur devant être rentré pour le match du soir, en passant par le juré insultant... Si bien que la liste des personnages en première page est très vite un vieux souvenir et que nous rentrons dans l'histoire sans en avoir besoin bien longtemps. 


Un livre à mettre vraiment entre toutes les mains car simple et rapide à lire mais surtout entraînant une importante réflexion sur la démocratie, le respect des règles et des hommes, de son prochain, victime ou accusé. Aimer son prochain comme soi-même, quel qu'il puisse être. Certains diront facile à dire... 

Et n'oubliez pas, le doute doit toujours profiter à l'accusé. C'est un principe démocratique qui n'a pas été inventé par hasard.


Lettre "R" - le 12/02/2014
 
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dimanche 2 février 2014

Les Armoires vides - Annie Ernaux

GENRE : Autobiographie
ANNÉE : 1974

PAYS : France
NOMBRE DE PAGES : 182


Résumé :   

Denise Lesur a vingt ans. Enceinte jusqu'aux dents, elle se rend chez la faiseuse d'ange pour avorter. Ses parents, tenanciers d'un café-épicerie ne l'accepteraient pas, la traiterait de « carne », de mauvaise fille. Cet avortement est alors prétexte a un retour dans le passé, dans une enfance et une adolescence difficiles, marquées par la honte de ses parents, de son milieu social et la volonté, toujours plus grande, de s'élever.
Un roman âpre, pulpeux, celui d'une déchirure sociale.

Mon avis :  
Premier roman d'Annie Ernaux et pas des moindres ! J'ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de cette jeune fille, perdue, qui cherche par tous les moyens à s'extirper de sa malheureuse vie de fille d'épiciers-cafetiers, de s'évader. La honte se fait de plus en plus tenace, l'envie de s'élever socialement et d'envoyer bouler cette triste vie faite de clients saoûls, de parents expéditifs, pressés, de repas pris sous les yeux des clients, de railleries des camarades de classe... La petite échoppe de la rue Clopart n'a pas bonne presse auprès des jeunes gens de l'école, ce qui est prétexte aux railleries diverses, enfants mais aussi enseignants. La petite Ninise est cataloguée, rejetée. Sa revanche arrive alors : elle va se battre et s'élever. Peu à peu, elle se met à « rentrer dans le moule ». Première de la classe, elle se met à détester le café-épicerie, ses parents, son milieu social.

L'écriture est parfaite. Simple mais claire. Beaucoup de répétitions, de retours au même sujet mais toujours d'une manière différente nous permettant ainsi de ne pas se lasser et de suivre la déchirure sociale que vit cette jeune fille de l'intérieur, ressassant sans fin les contours de sa vie. On est sincèrement touché par cette histoire et comment ne pourrait-on pas l'être ? Cette force de l'écriture et du récit que possèdent Annie Ernaux, qui évoque sa propre enfance et ses propres souvenirs, ne peut que nous toucher.

De magnifiques moments également d'évasion, de pensées folles, de rêveries et désirs d'enfant comme je les affectionne tout particulièrement, qui font sourire, peuvent émouvoir et dont suivra ci-après un extrait. Et la sublime façon qu'a Annie Ernaux, tout en finesse, de nous faire passer d'une enfant heureuse à une adolescente frustrée, honteuse, dure, passée par le prisme de l'école.

Je recommande ce livre à tous les amateurs de récit (tout est écrit d'un seul bloc) et d'autobiographie. On est réellement emporté. Et on ne décroche qu'au dernier mot, repu, joyeux et triste tout à la fois.

Bonne lecture à vous. Voici un extrait qui m'a fait sourire et ému. :
« L'église, je n'ai jamais vu de plus belle maison, plus propre. Si on pouvait y manger, y dormir, y rester tout le temps, faire pipi. On aurait chacun un grand banc pour s'étendre, on ferait du vélo dans les allées, on jouerait à cache-cache derrière les colonnes. Il n'y aurait que des copines et des garçons en robe blanche qui nous habilleraient, nous donneraient à manger, s'allongeraient près de nous... »



Lettre "E" - le 02/02/2014

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jeudi 16 janvier 2014

Victimes - Dorothy Uhnak

GENRE : Roman policier
ANNÉE : 1986 

PAYS : États-Unis
NOMBRE DE PAGES : 256


Résumé : 
 
Et si demain on vous agressait dans la rue sous l'oeil impassible de vos voisins ? Si on vous laissait tranquillement vous vider de votre sang sur le trottoir et hurler à la mort sans même lever le petit doigt pour vous sauver ? C'est l'hypothèse macabre - plausible, hélas ! - que propose au lecteur Dorothy Uhnak dans ce roman implacable fondé sur un fait divers comme on en lit tous les jours dans la presse. Au fil d'une intrigue haletante, un journaliste et une jeune femme de la police vont tenter de percer la loi du silence, d'élucider les raisons de la peur.

Mon avis :  
Une bien jolie idée qu'a eu là Dorothy Uhnak d'inscrire son meurtre dans un quartier chic de New York où les voisins font partie intégrante du décor. Des voisins qui assistent au meurtre de l'une de leurs voisines sans lever le petit doigt, qui regardent, épient à leur fenêtre mais ne bougent pas, ne disent rien, assistent dans une posture voyeuriste à un meurtre atroce mais ne décrochent pas leur téléphone. Cela fait écho en chacun de nous, cette peur contemporaine, viscérale de l'agression. L'histoire qui s'organise autour de ce phénomène, qui semble passionner un célèbre journaliste local, nous passionne également et nous tient en haleine. On assiste aux interrogatoires des voisins les uns après les autres pour tenter de percer le mystère, de trouver l'explication, d'expliquer l'inexplicable.

La lecture n'est vraiment pas difficile. Le roman, bien écrit et d'une manière plutôt rythmée, passant d'un entretien à un autre, d'une journée à une autre, se lit très facilement, et nous garde vraiment en haleine. On se prend un instant pour un enquêteur, un Sherlock Holmes des temps modernes.

Cependant, il ne faut pas s'attendre avec ce roman à un polar ordinaire qui va nous livrer l'assassin après de multiples rebondissements, non. L'assassin n'est pas le centre du roman mais bien ce phénomène qui veut que des gens assistant à un crime ne fassent rien pour sauver leur prochain. Il est d'ailleurs assez déroutant que ce travail de recherche du coupable ne donne rien, ou pas grand chose (à la fin, l'assassin semble toujours courir...)
À l'instar d'un certain nombre d'autres polars, celui-ci ne manque pas à la règle, la fin est quelque peu bâclée, décevante. Certes elle tient debout, ce qui n'est déjà pas si mal, mais elle déçoit. La belle fin attendue n'est pas au rendez-vous.

Pour conclure, je conseillerais ce roman pour un bon moment de détente, tranquillement installé, ainsi qu'à ceux qui se poseraient des questions sur le syndrome des trois singes "rien dit-rien vu-rien entendu". Par cet aspect, le roman apporte de beaux moments de lecture.
Je le déconseille en revanche aux amoureux de polars "classiques" où la recherche de l'assassin reste la priorité. Ils seraient déçus.

Lettre "U" - le 16/01/2014



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samedi 4 janvier 2014

Le blog reprend du service ! - Challenge ABC

Bonsoir à tous,

Après deux ans d'absence où les moments de lecture pure se sont fait plus rares, je suis enfin de retour et m'attelle cette année à nouveau au Challenge ABC proposé par Nanet sur Livraddict.


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Parmi les 5 options, j'ai choisi l'option C - Challenge complet.
En résumé : liste de départ, 3 tricheries/changements possibles, pas de manga ni bd ni films, multi catégorie, 4800 pages minimum.

Voici maintenant la liste que je me suis concocté :

Al Khamissi, Khaled, Taxi, 188 p., Nouvelles égyptiennes
Brecht, Bertolt, Grandeur et décadence de la ville de Mahagony, 74 p., Théâtre / opéra contemporain allemand
Christie, Agatha, Le couteau sur la nuque, 247 p., Thriller américain
Diderot, Denis, La Religieuse, 319 p., Roman classique français
Ernaux, Annie, Les armoires vides, 182 p., Autobiographie contemporaine française -
lu le 28/01
Fitzek, Sebastian, Thérapie, 309 p., Thriller allemand
- lu le 28/02
Garcia Marquez, Gabriel,  Cent ans de solitude, 480 p., Roman contemporain espagnol
Hagena, Katharina, Le goût des pépins de pomme, 267 p., Roman contemporain allemand
Ibsen, Henrik, Les Revenants, 64 p., Théâtre norvégien
Jaber, Rabee, Amerika, 528 p., Roman historique libanais
Krakauer, Jon, Into the Wild, 285 p., Biographie contemporaine américaine
- lu le 25/04
La Fontaine, Jean de, Fables, 544 p., Fable classique française
Martin, George Raymond Richard, Le trône de fer Tome 1, 378 p., Fantasy américain
Némirovski, Irène, L'affaire Courilof, 179 p., Roman d'aventures et drame russe
Ondaatje Michael, Le patient anglais, 320 p., Roman contemporain canado-sri lankais
Perec, Georges, La disparition, 316 p., Roman contemporain français
Queffélec, Yann, La femme sous l'horizon, 246 p., Roman contemporain français
- lu le 10/02
Rose, Reginald, Douze hommes en colère, 100 p., Théâtre contemporain américain
- lu le 29/01
Shaffer, Mary Ann, Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, 391 p., Roman épistolaire contemporain américain
 - lu le 10/04
Tavares, Gonçalo Manuel, Monsieur Kraus et la politique, 141 p., Nouvelle contemporaine portugaise
 - lu le 30/04
Uhnak, Dorothy, Victimes, 256 p., Thriller contemporain américain - lu le 15/01
Valdès, Zoé, Le Néant quotidien, 162 p., Roman contemporain cubain
Wiesel, Elie, Les Juges, 208 p., Roman contemporain israëlo-américain
Xiaolong, Qiu, Mort d'une héroïne rouge, 502 p., Thriller chinois
Yates, Richard, La fenêtre panoramique, 529 p., Roman contemporain américain
Zweig, Stefan, Le joueur d'échecs, 125 p., Roman classique autrichien


Pour un total de 7339 pages, et à nouveau une liste très hétéroclite avec des livres de ma PàL, d'autres que je rêve de lire et de voir rejoindre ma bibliothèque, d'autres pour lesquels je laisse la curiosité opérer à ma place...
Je compte bien cette année finir ce challenge, me remettre à lire vivement et avancer tout en prenant le temps de profiter de chaque lecture. De belles découvertes en perspective.

A très bientôt pour les billets de ce nouveau challenge !!

lundi 27 février 2012

Les Agents Littéraires

Un nouveau concept auquel je me suis inscrit :

http://www.les-agents-litteraires.fr/

Le but est le suivant : proposer à un blogueur un livre en échange d'une critique de ce livre. Il s'agit en fait d'un site mobilisé aux côtés des auteurs édités dans de petites maisons d'édition ou édités à compte d'auteur. Cela nous permet de puiser dans un pan de bibliothèque vers lequel on ne va pas souvent et de découvrir de belle surprises.

Allez vous inscrire sur le site, l'équipe est très sympa, ce qui ne gâche rien.