samedi 9 janvier 2016

Le passe-muraille - Marcel Aymé

GENRE : Recueil de nouvelles
ANNÉE : 1943
PAYS : France
NOMBRE DE PAGES : 222

Résumé :   

* Le Passe-muraille met en scène « un excellent homme nommé Dutilleul qui possédait le don singulier de passer à travers les murs sans en être incommodé. Il portait un binocle, une petite barbiche noire, et il était employé de troisième classe au ministère de l'Enregistrement. » Type même du petit bonhomme falot, gris invisible, Monsieur Dutilleul va connaître des aventures parfaitement ahurissantes grâce à son don incroyable...  
* Les Sabines : Une femme, ayant le don d'ubiquité, se multiplie autant de fois qu'elle le souhaite et vit, grâce à ce don, tout un tas d'aventures à travers le monde...
* La Carte : La nouvelle est écrite sous la forme d'un journal intime, celui d'un écrivain qui découvre avec stupeur que désormais, d'après un décret du gouvernement, le temps de vie sera rationné pour économiser les vivres. Chaque catégorie de population se voit allouer un certain nombre de jours par mois selon son degré d'utilité ; les citoyens jugés indignes de vivre normalement reçoivent une carte munie de coupons, un par jour de vie. Les vieillards ne disposent que d'une semaine, les artistes de deux, au grand scandale de l'écrivain. Très vite, un trafic de tickets se met en place qui pourrait bien modifier le temps...
* Le Décret : « Grâce à Dieu, lorsque, par la vertu d'un décret, le monde eut vieilli tout à coup de dix-sept années, il se trouva que la guerre était finie ».
* Le Proverbe : Lucien Jacotin, un élève de 13 ans, est classé depuis toujours parmi les cancres de sa classe. Un soir, pendant le dîner, il se souvient qu'il a oublié de faire son devoir de français. Son père, furieux, décide de faire le devoir à la place de son fils...
* Légende poldève : Dans la ville de Cstwertskt, la demoiselle Marichella Borboïé, une bigote scrupuleuse, élève avec générosité son neveu Bobislas, un bon à rien qui va se révéler voleur, ivrogne et de mauvaise compagnie. Mais il se trouve que le pays Poldève est en perpétuelle bisbille avec le pays Molleton. La guerre éclatant entre les deux pays, l'abominable Bobislas est recruté parmi les soldats au grand soulagement des gens du village et de sa tante qui s'en croit débarrassée. Mais c'était sans compter sur l'intervention de la grande faucheuse...
* Le Percepteur d'épouses : « Il y avait dans la petite ville de Nangicourt, un percepteur nommé Gauthier-Lenoir, qui avait du mal à payer ses impôts. Sa femme dépensait beaucoup d'argent. » Après la fuite de Mme Gauthier-Lenoir avec un lieutenant des équipages, le mari s'imagine que sa femme a été saisie par le fisc... * Les Bottes de sept lieues : À Montmartre, une bande de six écoliers se retrouve devant la vitrine d'un bric à brac où sont exposées des bottes avec une petite pancarte : Bottes de sept lieues...
* L'huissier : Malicorne, un huissier de justice, membre du Ministère, n'est pas un homme excellent, mais il n'est pas pour autant mauvais. Il meurt pendant son sommeil. Arrivé au ciel, il est jugé, et on décide qu'on ne peut pas le laisser aller ni au paradis, ni en enfer. On l'envoie donc sur Terre de nouveau, pour qu'il fasse une bonne action qui lui permettra de se rattraper et d'aller au paradis. Malicorne parviendra-t-il à se faire ouvrir les portes du Paradis ?
* En attendant : « Pendant la guerre 1939-1972, il y avait à Montmartre, à la porte d'une épicerie de la rue Caulaincourt, une queue de quatorze personnes ». Pour passer le temps, elles évoquent leur vie difficile pendant la guerre.

Mon avis :
Des nouvelles assez inégales mais toutes empruntes d'un fantastique proche de la réalité.
Aymé fait planer sur l'ensemble de ces nouvelles le spectre de la guerre qui nous donne cette double vision : un monde fantastique au sein de notre propre monde, ce qui nous amène plus facilement à nous poser des questions sur ce fantastique, pas si fantastique que ça... On se délecte de mots inusités aujourd'hui et qui font sourire. On apprécie l'imaginaire foisonnant de l'auteur.

J'ai beaucoup apprécié certaines nouvelles comme Les Sabines, La Carte ou Le Décret qui décrivent des situations farfelues mais qui questionnent justement des éventualités en poussant le vice jusqu'à l'extrême. Comment cela se passerait-il si un être humain était doté du don d'ubiquité et se mariait plusieurs milliers de fois, partout à travers le monde ?
Que se passerait-il si le gouvernement décidait que certaines personnes ne méritent pas de vivre trente jours par mois ? Un trafic de tickets s'organiserait sans doute pour vivre plus longtemps...
Que se passerait-il si un décret entérinait un bon dans le temps de 17 ans ?

Suite aux quatre premières nouvelles, j'ai été relativement déçu par les suivantes, bien en dessous à mon goût. Seule la dernière, En attendant, a trouvé un véritable intérêt à mes yeux, racontant la vie parisienne en 1943, au plein cœur de la guerre.



Lettre "A" - le 09/01/2016



samedi 2 janvier 2016

Où on va, papa ? - Jean-Louis Fournier

GENRE : Récit biographique
ANNÉE : 2008
PAYS : France
NOMBRE DE PAGES : 155

Résumé :   

« Cher Mathieu, cher Thomas,
Quand vous étiez petits, j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l'ai jamais fait. Ce n'était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu'à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures...
»
Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi? J'avais honte? Peur qu'on me plaigne?
Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible:
« Qu'est-ce qu'ils font? » 
Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.
Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d'une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m'ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.
Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait: rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.


Mon avis :  
Difficile... Très difficile de commenter ce récit. Je suis extrêmement partagé.
Comme on peut le deviner dans le résumé, le ton est extrêmement corrosif là où l'on s'attendrait à un ton plus compatissant. Les termes sont durs, violents. Le sujet est souvent traité avec humour, un humour noir poussé parfois à son paroxysme. J'ai été quelque peu désorienté, en particulier au début. J'en suis venu à me demander si cette autobiographie ne tient pas plutôt du roman, si l'auteur n'a pas poussé le vice de son récit quelque peu trop loin...

Page 47, Jean-Louis Fournier nous donne l'indice qu'il nous manquait : « Tu n'as pas honte, Jean-Louis, toi, leur père, de te moquer de deux petits mioches qui ne peuvent même pas se défendre ? Non. Ça n'empêche pas les sentiments. »
Plus on poursuit la lecture, plus on déchiffre l'émotion derrière la colère, derrière l'humour, et plus le propos se fait clair. Je lis un récit emprunt de vérité, ne revêtant aucun fard, aucune cachotterie. Tout est dit. La vie d'un père d'enfants handicapés avec tout ce que cela comporte. Avec les questions qu'on se pose sans cesse, avec les émotions qu'on ne laisse pas sortir, avec les idées malsaines qui passent par la tête...

Un livre avec beaucoup de redites, de répétitions, de passages d'une idée à une autre, du coq à l'âne, comme si parfois, l'auteur tournait en rond. Un critère de plus pour valider la véracité des propos. Pour valider, surtout, la posée des tripes d'un père sur sa table d'écriture.

Un livre à lire, bien sûr. Et à compléter par les informations et les photos de la maman sur son site : http://mamanmathieuetthomas.monsite-orange.fr. Une pensée pour Mathieu et Thomas, deux petites flammes.

Extrait :
« [...] On aurait bien voulu le défendre [Mathieu] contre le sort qui s'était acharné sur lui. Le plus terrible, c'est qu'on ne pouvait rien. On ne pouvait même pas le consoler, lui dire qu'on l'aimait comme il était, on nous avait dit qu'il était sourd.
Quand je pense que je suis l'auteur de ses jours, des jours terribles qu'il a passés sur Terre, que c'est moi qui l'ai fait venir, j'ai envie de lui demander pardon. » (p.18-19)



Lettre "F" - le 02/01/2016


jeudi 31 décembre 2015

Nouvelle tentative pour le Challenge ABC !

Bonsoir à tous,

Après un an et demi d'absence où les moments de lecture pure se sont à nouveau fait plus rares et après avoir abandonné ma deuxième tentative de Challenge ABC en 2014,  je suis enfin de retour et m'attelle cette année à nouveau au Challenge ABC proposé par Nanet sur Livraddict.



Parmi les 5 options, j'ai choisi l'option C - Challenge complet.
En résumé : liste de départ, 3 tricheries/changements possibles, pas de manga ni bd ni films, multi catégorie, 5000 pages minimum.

Voici maintenant la liste que je me suis concocté :

Aymé Marcel, Le passe-muraille, 222 p., nouvelles, France, 1941 - lu le 09/01
Begag Azouz, Le copiste de Beaumarchais, 44 p., nouvelle, France, 2010
Claudel Philippe, Les âmes grises, 285 p., roman contemporain, France, 2003
Damasio Alain, La Horde du contrevent, 702 p., fantasy, France, 2004 - lu le 05/03
Equiano Olaudah, Ma véridique histoire, 384 p., autobiographie, Nigeria, 1789
Fournier Jean-Louis, Où on va, papa ?, 155 p., récit biographique, France, 2008 - lu le 02/01
Garcia Marquez Gabriel, Cent ans de solitude, 480 p., roman contemporain, Colombie, 1967
Hagena Katharina, Le goût des pépins de pomme, 267 p., roman contemporain, Allemagne, 2010 - lu le 12/04
Ionesco Eugène, Rhinocéros, 246 p., théâtre, Roumanie, 1959
Jourde Pierre, Pays perdu, 166 p., roman contemporain, France, 2003 - lu le 08/05
Kwahulé Koffi, Monsieur Ki, 160 p., roman contemporain, Côte d'Ivoire, 2010 - lu le 19/03
Luca (de) Erri, Trois chevaux, 139 p., roman contemporain, Italie, 2000 - lu le 19/01
McCarthy Cormac, La route, 256 p., roman contemporain, États-Unis, 2006
Némirovsky Irène, Jézabel, 266 p., roman contemporain, Russie, 1936 - lu le 14/01
Ólafsdóttir Auður Ava, Rosa Candida, 263 p., roman contemporain, Islande, 2007
Pritam Amrita, Pinjar le squelette, 170 p., roman contemporain, Inde, 2002
Quiriny Bernard, L'angoisse de la première phrase, 205 p., nouvelles, Belgique, 2005
Romains Jules, Knock ou le triomphe de la médecine, 152 p., théâtre, France, 1924 - lu le 30/05
Sten Viveca, La Reine de la Baltique, 400 p., thriller, Suède, 2008 - lu le 18/05
Tolstoï Léon, La mort d'Ivan Ilitch, 93 p., roman classique, Russie, 1886
Upfield Arthur, Les Sables de Windee, 381 p., thriller, Angleterre / Australie, 1931
Victor Marvin, Corps mêlés, 256 p., roman contemporain, Haïti, 2011
Wilde Oscar, Le portrait de Dorian Gray, 253 p., roman classique, Irlande, 1891
Xiaolong Qiu, Mort d'une héroïne rouge, 502 p., thriller, Chine, 2001
Yates Richard, La fenêtre panoramique, 529 p., roman contemporain, États-Unis, 1961
Zweig Stefan, Le joueur d'échecs, 125 p., nouvelle, Autriche, 1943 - lu le 25/05

Pour un total de 7099 pages, et à nouveau une liste très hétéroclite avec des livres de ma PàL, d'autres que je rêve de lire et de voir rejoindre ma bibliothèque, d'autres pour lesquels je laisse la curiosité opérer à ma place...
Je compte bien ENFIN cette année finir ce challenge, me remettre à lire vivement et avancer tout en prenant le temps de profiter de chaque lecture. De belles découvertes en perspective, je l'espère !!

A très bientôt pour les billets de ce nouveau challenge !!

mercredi 30 avril 2014

Thérapie - Sebastian Fitzek

GENRE : Roman policier
ANNÉE : 2006

PAYS : Allemagne
NOMBRE DE PAGES : 312

Résumé :   

Josy, douze ans, la fille du célèbre psychiatre berlinois Viktor Larenz, est atteinte d'une maladie qu'aucun médecin ne parvient à diagnostiquer. Un jour, après que son père l'a accompagnée chez l'un de ses confrères, elle disparaît.
Quatre ans ont passé.
Larenz est toujours sans nouvelles de sa fille quand une inconnue frappe à sa porte. Anna Spiegel, romancière, prétend souffrir d'une forme rare de schizophrénie : les personnages de ses récits prennent vie sous ses yeux. Or, le dernier roman d'Anna a pour héroïne une fillette qui souffre d'un mal étrange et qui s'évanouit sans laisser de traces... Le psychiatre n'a dès lors plus qu'un seul but, obsessionnel : connaître la suite de son histoire.

Mon avis :  
De prime abord, ce roman avait tout pour me plaire dont un bon goût de thriller actuel et de huis-clos étonnant. Alors certes tous les ingrédients sont là : le huis-clos est passionnant, l'intrigue est excellente, les idées sont globalement très bonnes. Tout est fait pour nous tenir en haleine. On suit alors le fil de cette histoire avec plaisir, sans se rendre compte du temps qui passe, on avale les pages très vite, ce qui est plutôt bon signe, et on a hâte de connaître la fin malgré quelques passages où on se perd un peu trop dans la psychologie des personnages et les cas cliniques qu'ils représentent.

Le gros du problème réside justement dans la fin qui n'est à mon sens pas à la hauteur de ce à quoi l'on s'attend. La fin est à mon sens trop compliquée et au final très décevante, comme dans les thrillers que l'on peut voir aujourd'hui au cinéma où l'action est tellement mystérieuse et tellement incroyable qu'on s'attend à quelque chose qui ne vient pas et la fin est généralement une espèce de patchwork qui n'a pas du tout le goût attendu. Je suis assez déçu qu'aujourd'hui l'écriture policière ait à ce point changée qu'on ne trouve plus que quelques auteurs à pouvoir réellement rivaliser avec les grands noms du genre qu'étaient Agatha Christie et Georges Simenon entre autres, et comme le sont aujourd'hui des écrivains comme Arnaldur Indridason.


Pour moi une petite déconvenue, malgré tout bien sympathique. À découvrir pour les amateurs du genre.


Lettre "F" - le 30/04/2014


https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEjlFPQMDNOfymHSqPilBeOgz-3K95U7qQvQ6jvLtuU-fAtSRHEIAAcWYHDRkT6qMlQefGh2osCOG8UY8Ib4h5C4rtufNKdTiL91ZUTKb1xFJx6mL1IpUVdl_L3lz77GsTNGcOnqUjx3eVO0/s320/banni%C3%A8reABC2014.jpg

jeudi 27 février 2014

La femme sous l'horizon - Yann Queffélec

GENRE : Roman
ANNÉE :1988

PAYS : France
NOMBRE DE PAGES : 246

Résumé :   

Au cœur froid de la Lorraine, dans un manoir russe, vit un étrange clan: les Tarassévitch.
La petite Ilinka, privée de sa mère, qui est morte dans un accident, ne connaît là que silence et indifférence.
Pourquoi tant de mystères autour de sa naissance ? Au village on sait. Mais on se tait. On a juré.
Jusqu'au jour où Ilinka reçoit un signe du destin une lettre de sa mère, des mots vieux de treize ans. Un avertissement, une prémonition. Elle doit fuir à tout prix le manoir et sa malédiction…


Mon avis :  

Du Queffélec pur jus. De l'abandon, de la solitude, de la souffrance, de la violence, de la difficulté à se construire, de l'inceste.

Mais tout ce cocktail, qui fonctionnait merveilleusement dans Les Noces barbares, ici ne prend pas. En cause sans doute en premier lieu la situation de l'histoire, les lieux décrits et les personnages caricaturaux au possible : la grand-mère sanguinaire, méchante, sorcière parmi les sorcières, le père devenu alcoolique par tristesse, noyant son chagrin, dur, violent parmi les violents, la sœur aînée, laide, parfois réconfortante, difficile à vivre, peste parmi les pestes, l'oncle rédempteur, le sauveur... Tout ce petit monde est d'entrée de jeu présenté sous ces aspects, vivant dans un manoir infâme aux abords d'une forêt d'Alsace si bien que, faute extrême de l'auteur à mon sens, on semble se retrouver plongé dans un roman fantastique digne de Dracula ou de Frankenstein.

Or, le propos est bien différent de celui-ci, les bases d'écriture ne me semblent pas être les bonnes, on touche à une réelle situation familiale dramatique, difficile et ce lien étrange entre réalité et fantastique surprend, déroute. Je n'ai pas réussi personnellement à sortir de cette première vision, cette première image mentale avec un personnage principal en comte Dracula, et la lecture a coulé de telle sorte que les événements dramatiques de l'histoire ne m'ont même pas touché, je suis resté complètement extérieur à l'histoire tragique familiale, comme dans tout roman fantastique où le décor prime sur les sentiments.

Ceci s'explique sans doute parce que cette description initiale, ce côté fantastique, ce manoir semblant tout droit issu des tréfonds de la campagne slave, m'a beaucoup plu. J'ai aimé l'univers dans lequel l'auteur m'a plongé dès la première page et la déception en a été d'autant plus grande quand j'ai réalisé et compris la férocité et la violence du fond. L'univers est là, vraiment plaisant, dans lequel je navigue avec plaisir, mais le reste n'y est pas. Le secret de famille n'en est un que pour la pauvre Ilinka, la fin est clairement attendue, sans surprise...

Bref, le décor y est, le texte et l'écriture sont là, il manque juste de "vrais" personnages moins caricaturaux pour peupler cette histoire et une logique globale d'écriture (sommes-nous dans un roman fantastique ou réaliste ?), un peu de suspense aussi.

J'ai donc aimé, n'ai jamais souhaité à aucun moment arrêter le livre en cours de route, mais je ne le relirai pas, contrairement aux Noces barbares, bien plus abouti à mon sens.


Lettre "Q" - le 27/02/2014

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEjlFPQMDNOfymHSqPilBeOgz-3K95U7qQvQ6jvLtuU-fAtSRHEIAAcWYHDRkT6qMlQefGh2osCOG8UY8Ib4h5C4rtufNKdTiL91ZUTKb1xFJx6mL1IpUVdl_L3lz77GsTNGcOnqUjx3eVO0/s320/banni%C3%A8reABC2014.jpg 

mercredi 12 février 2014

Douze Hommes en colère - Reginald Rose

GENRE : Théâtre
ANNÉE :1953

PAYS : États-Unis
NOMBRE DE PAGES :100


Résumé :   

Douze jurés se réunissent pour débattre à l'issue d'un procès dont l'accusé est un adolescent de seize ans inculpé pour parricide. Les preuves manquent et il clame son innocence. Mais les témoignages sont graves, précis et concordants. S'il est reconnu coupable, le jeune homme sera condamné à mort. Onze jurés sur douze votent "coupable". Un seul s'oppose à ce verdict, explique son veto, analyse les témoignages et décortique les contradictions. Peu à peu le doute gagne les esprits et abolit les certitudes...

Mon avis :  
Une sublime leçon de démocratie et de vie, tout simplement. Ou comment un homme, incertain de la culpabilité d'un accusé, vote "non coupable", car, comme nous le savons tous, le doute doit profiter à l'accusé. L'une des règles d'un tribunal parmi les plus bafouées aujourd'hui, les jurés préférant souvent, dans le doute, donner une peine moins lourde que celle demandée, que de simplement voter "non coupable", ce qu'ils devraient pourtant faire ! Certes, pour avoir assister à un procès, je peux vous dire que rien ne les y encourage, le magistrat se bornant seulement à le mentionner une fois vaguement à l'appel des jurés, et n'hésitant parfois pas lui-même à passer outre certaines des règles du tribunal dont une autre primordiale à mes yeux, la présomption d'innocence. Cela n'est sans doute pas vrai pour tous les tribunaux, mais je ne fais que revenir sur ma propre expérience... Et je m'égare.

Pour revenir au livre, pour toutes ces raisons, il est pour moi une oeuvre à mettre entre les mains de tout citoyen. 100 pages, lues en une heure à peine, ça ne me paraît pas insurmontable. C'est véritablement une belle leçon et un beau rappel pour tout citoyen de ce monde. Le témoignage ne vaut pas preuve. Dix témoignages concordants ne valent pas preuve. Il est extrêmement amusant de voir comment ce juré, au départ seul contre tous, arrive à démonter peu à peu chaque argument de l'accusation dans un procès où, disons-le tout net, la plupart d'entre nous aurait envoyé l'homme à la guillotine. On s'aperçoit très rapidement que des failles existent bel et bien, que la vérité n'est pas forcément celle qui a été livrée. De quoi vraiment faire réfléchir. Sans vouloir trahir de secret, 11 hommes vont tout de même changer d'avis suite à ces arguments déroutants et je pense que beaucoup l'auraient fait. A méditer...

La lecture qui pourrait faire peur de prime abord, avec ces 12 personnages, chacun d'un âge et d'une profession différente, avec un caractère différent, n'est finalement qu'une partie de plaisir. Chaque personnage est clairement défini dans le livre, chacun a sa personnalité, sa façon d'être, du président du jury au footballeur devant être rentré pour le match du soir, en passant par le juré insultant... Si bien que la liste des personnages en première page est très vite un vieux souvenir et que nous rentrons dans l'histoire sans en avoir besoin bien longtemps. 


Un livre à mettre vraiment entre toutes les mains car simple et rapide à lire mais surtout entraînant une importante réflexion sur la démocratie, le respect des règles et des hommes, de son prochain, victime ou accusé. Aimer son prochain comme soi-même, quel qu'il puisse être. Certains diront facile à dire... 

Et n'oubliez pas, le doute doit toujours profiter à l'accusé. C'est un principe démocratique qui n'a pas été inventé par hasard.


Lettre "R" - le 12/02/2014
 
https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEjlFPQMDNOfymHSqPilBeOgz-3K95U7qQvQ6jvLtuU-fAtSRHEIAAcWYHDRkT6qMlQefGh2osCOG8UY8Ib4h5C4rtufNKdTiL91ZUTKb1xFJx6mL1IpUVdl_L3lz77GsTNGcOnqUjx3eVO0/s320/banni%C3%A8reABC2014.jpg

dimanche 2 février 2014

Les Armoires vides - Annie Ernaux

GENRE : Autobiographie
ANNÉE : 1974

PAYS : France
NOMBRE DE PAGES : 182


Résumé :   

Denise Lesur a vingt ans. Enceinte jusqu'aux dents, elle se rend chez la faiseuse d'ange pour avorter. Ses parents, tenanciers d'un café-épicerie ne l'accepteraient pas, la traiterait de « carne », de mauvaise fille. Cet avortement est alors prétexte a un retour dans le passé, dans une enfance et une adolescence difficiles, marquées par la honte de ses parents, de son milieu social et la volonté, toujours plus grande, de s'élever.
Un roman âpre, pulpeux, celui d'une déchirure sociale.

Mon avis :  
Premier roman d'Annie Ernaux et pas des moindres ! J'ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de cette jeune fille, perdue, qui cherche par tous les moyens à s'extirper de sa malheureuse vie de fille d'épiciers-cafetiers, de s'évader. La honte se fait de plus en plus tenace, l'envie de s'élever socialement et d'envoyer bouler cette triste vie faite de clients saoûls, de parents expéditifs, pressés, de repas pris sous les yeux des clients, de railleries des camarades de classe... La petite échoppe de la rue Clopart n'a pas bonne presse auprès des jeunes gens de l'école, ce qui est prétexte aux railleries diverses, enfants mais aussi enseignants. La petite Ninise est cataloguée, rejetée. Sa revanche arrive alors : elle va se battre et s'élever. Peu à peu, elle se met à « rentrer dans le moule ». Première de la classe, elle se met à détester le café-épicerie, ses parents, son milieu social.

L'écriture est parfaite. Simple mais claire. Beaucoup de répétitions, de retours au même sujet mais toujours d'une manière différente nous permettant ainsi de ne pas se lasser et de suivre la déchirure sociale que vit cette jeune fille de l'intérieur, ressassant sans fin les contours de sa vie. On est sincèrement touché par cette histoire et comment ne pourrait-on pas l'être ? Cette force de l'écriture et du récit que possèdent Annie Ernaux, qui évoque sa propre enfance et ses propres souvenirs, ne peut que nous toucher.

De magnifiques moments également d'évasion, de pensées folles, de rêveries et désirs d'enfant comme je les affectionne tout particulièrement, qui font sourire, peuvent émouvoir et dont suivra ci-après un extrait. Et la sublime façon qu'a Annie Ernaux, tout en finesse, de nous faire passer d'une enfant heureuse à une adolescente frustrée, honteuse, dure, passée par le prisme de l'école.

Je recommande ce livre à tous les amateurs de récit (tout est écrit d'un seul bloc) et d'autobiographie. On est réellement emporté. Et on ne décroche qu'au dernier mot, repu, joyeux et triste tout à la fois.

Bonne lecture à vous. Voici un extrait qui m'a fait sourire et ému. :
« L'église, je n'ai jamais vu de plus belle maison, plus propre. Si on pouvait y manger, y dormir, y rester tout le temps, faire pipi. On aurait chacun un grand banc pour s'étendre, on ferait du vélo dans les allées, on jouerait à cache-cache derrière les colonnes. Il n'y aurait que des copines et des garçons en robe blanche qui nous habilleraient, nous donneraient à manger, s'allongeraient près de nous... »



Lettre "E" - le 02/02/2014

 https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEjlFPQMDNOfymHSqPilBeOgz-3K95U7qQvQ6jvLtuU-fAtSRHEIAAcWYHDRkT6qMlQefGh2osCOG8UY8Ib4h5C4rtufNKdTiL91ZUTKb1xFJx6mL1IpUVdl_L3lz77GsTNGcOnqUjx3eVO0/s320/banni%C3%A8reABC2014.jpg