mercredi 11 janvier 2012

Les invités - Pierre Assouline

GENRE : Roman
ANNÉE : 2009
"NATIONALITÉ" : France
NOMBRE DE PAGES : 207

Résumé :
Un dîner, de nos jours, dans la grande bourgeoisie parisienne.
Afin de séduire son invité d'honneur - un puissant homme d'affaires étranger - la maîtresse de maison a convié ses amis les plus remarquables. Mais à la dernière minute, l'un d'entre eux se décommande : il n'y a plus que treize convives...
Comme le dîner doit commencer à tout prix, la nouvelle
« invitée » est choisie au mépris de la bienséance. Une véritable transgression.
La quatorzième convive devient alors le grain de sable qui fait déraper la soirée. Pour l'émerveillement des uns, pour le désespoir des autres.

Tout dîner est une aventure.


Mon avis :
Une bien belle idée et un bien beau roman que celui-là. On est happé, on ne lâche plus le bouquin, ça en devient indécent, assassin, criminel... On assiste en voyeur au délitement et à la bêtise de l'élite parisienne. On goûte avec un certain plaisir leurs conversations aigre douces. Un magnifique portrait au vitriol de la bourgeoisie contemporaine avec la totale : plan de table, espace millimétré, conventions, hypocrisies et méchancetés piquantes. Un vrai ravissement, un réel plaisir à lire. On se prend à rire subitement sans prévenir, partout, dans le train, dans les transports en commun.

Une bien belle comédie de genre que je ne définis pas ainsi sans arrière-pensée, au théâtre bien sûr, où ce roman devrait être adapté. Il y est d'ailleurs fait question à de nombreuses reprises dans la pièce -
que d'autre que le théâtre et les arts pour distinguer l'élite des pauvres manants ? - et on assiste réellement à ce portrait au vitriol du point de vue du spectateur, dans cette société où le code est la règle, où le metteur en scène est la maîtresse de maison qui dirige ses comédiens-invités comme des marionnettes, ceci dit bien récalcitrantes. Une belle diversité de personnes - bravo au metteur en scène ! - qui permet aussi d'assister à de belles disputes et de belles joutes verbales.

Si je devais faire un commentaire négatif, deux choses me viennent néanmoins à l'esprit :
- Tout d'abord une mise en garde : bien entrer dans l'histoire dès le début, ne pas hésiter à se munir d'un papier et d'un crayon définissant bien clairement qui est qui car il faut avouer qu'une fois qu'on est perdu, on confond facilement le lard et le cochon, l'industriel et l'immortel...
- Ensuite, un manque de paroles évident, beaucoup de descriptions, aidées par l'omniscience du narrateur qui rapporte les conversations, plutôt que de les laisser vivre par elles-mêmes. Ça a certes ses bons côtés, notamment concernant l'effet comique ainsi augmenté, mais il devient parfois difficile de ne suivre que des explications et de ne pas entrer directement dans le vif du sujet !

jeudi 5 janvier 2012

Mon challenge ABC

Coucou à tous ! Après ces quelques mois d'absence, marqués par de nombreuses lectures théâtrales en vu des concours des grandes écoles qui approchent à grand pas, me voici un peu plus libre pour m'évader littérairement... J'ai donc décidé, un peu impulsivement, de redémarrer un challenge ABC, que je n'ai pas très bien suivi l'an passé. C'est pourquoi j'ai décidé d'en changer les règles, je choisis moi-même les livres que je veux lire, ou les prends au hasard dans les rayonnages et les lis au fur et à mesure de l'alphabet... J'ai commencé aujourd'hui par un beau roman d'auteur en A.

C'est ici que je mettrais la liste, actualisée au fur et à mesure, et les critiques seront publiées sur le site au fur et à mesure. Je vais essayer de ne pas trop me disperser. Peut-être un ou deux autres petits challenges tentants dans l'année, pourquoi pas un premier swap... À voir...


ASSOULINE Pierre => Les invités
- lu le 11/01
=> déjà commencé il y a quelques mois, abandonné, repris, un magnifique portrait au vitriol de la petite bourgeoisie
BRUEN Ken => Delirium tremens
- lu le 13/02
=> d'abord attiré par le titre, le résumé m'a séduit, sans doute un bon polar à découvrir bientôt...
CLAUDEL Philippe => Les âmes grises
=> l'un de mes livres préférés que je n'ai jamais réussi à finir, car je n'en ai jamais eu l'envie, trop dur de terminer un roman si magnifique...
DAENINCKX
Daniel => Cannibale - lu le 26/02
=> un livre que je vois depuis belle lurette dans les rayonnages et qui m'a toujours attiré, l'histoire traite d'une période de l'histoire qui me touche, donc j'ai acheté.
ERNAUX Annie => Les armoires vides
=> un livre que j'avais commencé, il y a plusieurs années et que je n'ai jamais terminé. Un beau moment d'autobiographie.
FERRIER Bertrand => L'homme qui n'avait pas de chat - lu le 23/01
=> un livre envoyé par l'opération "les agents artistiques" que j'ai hâte de découvrir... ça promet des surprises...


Voilà !! À très bientôt pour la suite de mes aventures littéraires !

lundi 1 août 2011

Antigone - Sophocle

GENRE : Théâtre
ANNÉE : 442 avant J.C.
"NATIONALITÉ" : Grèce antique
NOMBRE DE PAGES : 80

Mon résumé :
Antigone, fille incestueuse d'œdipe et Jocaste, vient de perdre ses frères lors d'un combat meurtrier. Le roi de Thébes, Créon, a accepté d'offrir une sépulture décente à l'un d'eux, Étéocle, défenseur de sa cité mais la refuse à Polynice, traître ayant attaqué sa terre patrie. Antigone demande alors à sa sœur Ismène, si elle accepte d'enterrer Polynice à ses côtés, car elle est bien décidée à ne pas se laisser dicter les lois par la politique, mais à suivre les lois des dieux, et à respecter sa famille coûte que coûte. Ismène refuse. Antigone se laisse seule aller au danger de transgresser les lois des hommes...

Mon avis :
Merci déjà à Florence Dupont, la traductrice de cette édition, qui a rendu du théâtre classique lisible sans se poser de questions, traduction qui, comme le dit la quatrième de couverture : « est philologiquement exacte et d'une limpidité parfaite. Plus rien de ce côté fumeux qui caractérise trop de traductions classiques. » C'était d'une limpidité à toute épreuve et j'ai pris grand plaisir à la dévorer en à peine trois jours.

Le sujet m'a beaucoup plu, ayant toujours été touché par le parcours d'œdipe. Et le courage d'Antigone, désirant donner une sépulture décente à son frère défunt, m'a beaucoup touché également. Elle s'est battue seule contre l'avis de tous, elle a fait primer les lois divines sur les lois humaines, elle a refusé de suivre les règles établies par son oncle Créon, le nouveau souverain, a pris le risque de se voir reniée par son promis, Hémon, fils de Créon, pour rendre un hommage légitime à son frère et ne pas déshonorer sa famille.

Merci également à Sophocle d'avoir rendu les liens familiaux et privés entre les personnages lisibles, ce qui n'est pas toujours le cas dans des pièces traitant de la mythologie. J'ai pu ainsi raccrocher le drame de Médée à cette pièce d'Antigone de par les liens de famille et cela m'aide beaucoup dans la compréhension de nombre d'œuvres classiques que j'ai lues et que je lirais encore à l'avenir.

Un sujet très beau et très juste, que je trouve encore tellement d'actualité aujourd'hui, plus de 2000 ans après son écriture. Bien sûr la fin ne laisse rarement de suspence, les méchants sont toujours punis. Les dieux sont implacables... Cependant, un autre remerciement à Sophocle : ne pas faire intervenir directement les dieux, mais les laisser prendre une place secondaire. On les nomme, on les prend à témoin, ils se vengent, mais tout cela en arrière-plan et je trouve que cela évite pas mal de choses que je trouve souvent pompeuses.

Je pense que cette pièce va être une vraie impulsion dans mes lectures et ma pratique théâtrale. J'ai enfin compris comment fonctionnait dans le détail le théâtre antique, et ait appris du vocabulaire bien nécessaire à ma formation.

Je vous laisse une petite citation d'Antigone que j'ai trouvée sublime :
« Si j'avais été mère de famille,
Si c'était mon mari qui était mort ainsi,
Je ne me serais pas imposé cette épreuve,
En m'opposant violemment aux citoyens.
Qu'est-ce qui me fait parler ainsi ?
Une veuve peut se remarier,
Et si en outre elle a perdu ses enfants,
Elle peut en avoir d'autres d'un autre homme.
Mais un père, une mère, enfermés dans leur tombe,
Ne peuvent plus me donner de frère. »

lundi 18 juillet 2011

« Un mot, des titres » - session 2 : SOLEIL


En avant pour la deuxième session de ce challenge !

C'est donc le mot d'Anne-Sophie qui a été tiré au sort, et il s'agit donc du mot SOLEIL.

Toujours le même système : nous disposons d'un mois et demi jusqu'au 1er septembre pour lire et faire son billet concernant le livre choisi. C'est le 31 août, après les diverses propositions là encore des participants au challenge, que Calypso tirera au sort et dévoilera le mot du 3ème challenge.

D'ici là profitons du temps estival pour nous plonger dans les rayons de l'étoile brûlante...

Alors à vos PàL, à vos neurones et bonne lecture !

Treize petites enveloppes bleues - Maureen Johnson

GENRE : Roman
ANNÉE : 2005
"NATIONALITÉ" : États-Unis
NOMBRE DE PAGES : 340

Résumé :
"Règle n° 1 : Tu ne peux emporter que ce qui tiendra dans ton sac à dos.
Règle n° 2 : Tu ne dois emporter ni guides de voyage ou de conversation, ni aucune aide pour les langues étrangères.
Règle n°3 : Tu ne peux pas prendre d'argent en plus, ni de carte de crédit, de chèques de voyage, etc.
Règle n°4 : Pas d'expédients électroniques. Ce qui signifie pas d'ordinateur portable, de téléphone portable, de musique, d'appareil photo.
C'est tout ce que tu as besoin de savoir pour l'instant. Rendez-vous à la Quatrième Nouille."

Lorsqu'elle découvre ce message de Peg, sa tante adorée qui vient de mourir, Ginny est loin d'imaginer qu'elle en recevra treize au total et que ces petites enveloppes bleues l'emmèneront loin, bien loin, pour un incroyable voyage à travers l'Europe. Et transformeront à jamais sa vie de jeune fille rangée, timide et sage...

Mon avis :
Un roman en demi-teinte pour moi. Certes beaucoup de poésie, d'avancées psychologiques par le biais de ce voyage initiatique préparé à la virgule près, très bien, sans doute même un peu trop bien, par la tante défunte. Une jeune fille qui traverse l'Europe de long en large, parce que c'est le but que lui a fixé sa tante à travers treize petites enveloppes bleues, qui traverse un peu chaque coin, parfois pour meubler la page blanche, parce qu'on a parlé d'Europe, il faut donc parler d'Europe, de toute l'Europe. Ceci donne des choses assez abracadabrantesques comme un séjour express de moins d'une journée en Grèce, sans doute parce que les grecs n'aimeraient pas qu'on les oublie...
On suit néanmoins son parcours avec souvent un certain plaisir.

C'est pourquoi je pense que l'idée est bonne, mais assez mal développée, un peu cafouillis, on veut en faire
trop, faire courir cette pauvre fille partout, et ne pas lui laisser le temps de vraiment vivre ce qu'elle a à vivre. Peut-être cinq enveloppes auraient suffit, sept, huit tout au plus. Le roman est noyé sous le but final d'ouvrir cette treizième enveloppe et ne se laisse pas le temps, ne lui laisse pas le temps. Elle court de droite à gauche, sans avoir le temps de vivre, de se poser calmement, de profiter. Chaque lettre, disposant d'un but particulier, une trace dans la vie de sa tante, le seul but de Ginny alors est d'aller droit au but. Littéralement aller droit au but sans vraiment profiter du reste.

Aussi me voilà relativement déçu. Il n'empêche que je l'ai lu jusqu'au bout pour connaître la fin que je trouve très belle, sous forme de remerciement à sa tante en cavale, la jeune Ginny lui écrit à son tour une lettre, une lettre émouvante de beauté et de reconnaissance de la part d'une toute jeune nièce en cavale qui rentre à la maison...


jeudi 14 juillet 2011

La citation du jeudi


« Quand ils sont venus chercher les communistes,
je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n'ai rien dit, je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher.
Et il ne restait personne pour protester... »


Pasteur Martin Niemoller, Dachau (1942)

samedi 9 juillet 2011

Nouvelles sous ecstasy - Frédéric Beigbeder

GENRE : Recueil de nouvelles
ANNÉE : 1999
"NATIONALITÉ" : France
NOMBRE DE PAGES : 102

Résumé :
Dans les années 1980, une nouvelle drogue fit son apparition dans les milieux noctambules : le MDMA, dit « ecstasy ». Cette « pilule de l'amour » provoquait d'étranges effets : bouffées de chaleur, envie de danser toute la nuit sur de la techno, besoin de caresser les gens, grincements de dents, déshydratation accélérée, angoisse existentielle, tentatives de suicide, demandes en mariage. C'était une drogue dure avec une montée et une descente, comme dans les montagnes russes ou les nouvelles de certains écrivains américains. L'auteur de ce livre n'en consomme plus et déconseille au lecteur d'essayer : non seulement l'ecstasy est illégal, mais en plus il abîme le cerveau, comme le prouve ce recueil de textes écrits sous son influence. Et puis, avons-nous besoin d'une pilule pour raconter notre vie à des inconnus ? Alors qu'il y a la littérature pour ça ?

Mon avis :
Un recueil enlevé, avec des nouvelles toutes plus originales les unes que les autres. Certes, il est difficile d'entrer dans les deux premières, qui m'ont paru sans aucun sens, trop torturées, sans doute comme dit dans le résumé, écrites sous l'influence de l'ecstasy.

En revanche, les suivantes se lisent très bien, et certai
nes sont même à marquer d'une pierre blanche. Il y a dans ces nouvelles une façon d'écrire et des sujets traités de telle manière qu'on ne peut pas passer à côté.
Je citerais par exemple
« Manuscrit trouvé à Saint-Germain-des-Prés », « L'homme qui regardait les femmes » (caustique), « Comment devenir quelqu'un » (ou les derniers ressentis du chauffeur du dernier taxi de Lady Di), « La nouvelle la plus dégueulasse de ce recueil » (ou les méfaits des jeux dangereux sur un couple), « Extasy à Go-Go » (ou quand Beigbeder parle de lui à la troisième personne) ou encore « La solitude à plusieurs ».

On a envie d'arrêter à la deuxième nouvelle, on craint la mauvaise blague de l'homme sous cachetons qui tente d'écrire malgré tout. On se prend finalement une bonne claque dans la gueule, à l'image de Baudelaire, qui ne pouvait écrire de telles beautés que sous absinthe ou assimilé...

Au final, une seule question subsiste : toutes ces nouvelles ont-elles réellement été écrites sous l'emprise de la drogue ? Si c'est le cas, chapeau l'artiste...